lundi 15 juin 2009


suite 4/4 fin

Saint Grégoire le Grand

(v. 540-604),

pape et docteur de l'Église







4. L'homme n'est pas à la mesure de l'Esprit

Il y a disproportion entre ce que l'Esprit donne à entendre et la capacité de l'homme. Ce que l'Esprit fait voir en un instant au coeur du prophète, celui-ci ne peut l'exprimer d'un seul mot. L'Esprit-Saint lui fait voir une immensité ; la bouche de l'homme devra se multiplier pour en révéler quelque chose. La puissance de l'Esprit dépasse même la capacité des coeurs spirituels : il est le vin nouveau qui fait éclater les outres, fussent-elles neuves. Le prophète peut voir la grâce de l'Esprit-Saint à l'oeuvre dans le monde ; il voudrait bien voir sa gloire telle qu'elle est en elle­-même : c'est impossible. Tant qu'il demeure en cette vie et malgré tous ses efforts, l'homme ne peut voir la gloire de Dieu. L'Esprit ne donne de lui-même aux hommes qu'une connaissance limitée parce que leur fai­blesse ne leur permet pas de le recevoir tel qu'il est. Il se fait brise légère, mais c*est encore trop pour eux ; cette brise leur fait l'effet d'un vent violent. L'Esprit nous touche légèrement mais ce toucher nous fait chan­celer, sa lumière nous perturbe. La chair, en sa faiblesse, ne peut saisir les choses de l'Esprit ; l'homme n'est pas à la mesure des choses de Dieu ; l'être humain, conduit au-delà de ses limites pour les voir, ne peut en porter le poids, il peut en tomber malade.


5. La saveur de l'Esprit


L'Esprit-Saint est cependant réellement aussi brise légère : il sait s'in­troduire dans la conscience, s'adapter à la faiblesse de l'homme. Sa présence se manifeste comme un toucher, on pourrait dire comme une caresse. L'Esprit-saint est le doigt de Dieu

“Mais si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous”, Mt 12,28.

Dieu touche du doigt le coeur des saints quand il leur donne la grâce du Saint-Esprit. Celui dont le coeur a été rempli par l'Esprit goûte la saveur des biens célestes. On ne trouve délicieuses les nourritures terrestres que si l'on n'a pas encore connu le plaisir procuré par les réalités d'en haut. Percevoir la venue en soi de l'Esprit est une expérience ineffablement savoureuse. Ceux qui se gardent des désirs mauvais font l'expérience de cette saveur intérieure par la grâce de l'Esprit-Saint en entendant les paroles des prédicateurs : cette saveur les nourrit. Quand la grâce de l'Esprit-Saint se répand en nous, elle nous remplit de miel et de beurre :
“Il ne connaîtra plus les ruisseaux d'huile, les torrents de miel et de laitage”, Jb 20,17.

Le miel qui vient de l'air (qui vient du ciel) évoque la divinité et le beurre tiré de la chair symbolise l'Incarnation ; l'Esprit du Christ en effet remplit de joie celui à qui il fait goûter la douceur de la divinité et la foi en l'Incarna­tion : la connaissance profonde de Dieu est pour l'âme une nourriture délicieuse et la grâce de l'Incarnation un onguent mystérieux. L'Esprit-Saint mérite bien son nom de Paraclet ou consolateur.


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