dimanche 22 juillet 2018

Voir, écouter, adorer par Bernadette Mélois, rédactrice en chef,


La liturgie n’est jamais en vacances ! Elle nous entraîne inlassablement sur le chemin de la rencontre du Christ qui se rend présent, même lorsque nos portes sont verrouillées.

Thomas, Benoît, Marie Madeleine, qui s’efface cette année au profit du jour du Seigneur, Brigitte, Jacques, tous ont quelque chose à nous dire sur le Christ.
 
Le doute de Thomas, qui finalement nous arrange bien lorsque nous avons du mal à comprendre les manières d’agir de Dieu, a surtout cet intérêt de nous révéler que le questionnement est nécessaire à la foi, il permet l’approfondissement qui s’épanouit en un admirable acte d’adoration : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » De Thomas, apprenons à poser les bonnes questions qui ouvriront nos yeux et notre cœur. Pour ce faire, nous dit Benoît, « écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître et incline l’oreille de ton cœur ». Écoute, c’est-à-dire, reçois et mets en pratique l’Évangile. Incline l’oreille de ton cœur, c’est-à-dire, tiens-toi humblement devant celui qui a tout quitté pour se faire semblable à nous. Car, dit l’Évangile, celui qui a tout quitté pour suivre Jésus aura en héritage la vie éternelle. Ainsi firent Jacques et Brigitte, chacun à leur manière, l’un laissant ses filets de pêcheur, l’autre sa fortune et les honneurs de ce monde.

Et Marie Madeleine ? La femme à l’amour généreux, que nous dit-elle ? Que l’amour s’efface, et qu’il trouve sa joie lorsqu’il est transmis. « J’ai vu le Seigneur ! » Telle est la joie qui nous attend et que la liturgie dévoile. 
Magnificat, juillet 2018, N° 308

vendredi 13 juillet 2018

Heureux le coeur amoureux, T. d'Avila

Thérèse d’Avila, Poésie 5

« Heureux le cœur amoureux
Qui sur Dieu seul a fixé sa pensée,
Et pour lui renonce à tout le créé.
Il vit insoucieux, même de soi,
Car toutes ses intentions sont en Dieu,
Ainsi, joyeux, et fort heureux,
Il franchit les vagues de cette mer tempétueuse.

dimanche 1 juillet 2018

Creuser un chemin surnaturel dans nos âmes, Mère Isabelle

A l'occasion de l'anniversaire du décès de Mère Isabelle 
le 3 juillet 1921 à Sceaux.

Il faut creuser un chemin surnaturel dans nos âmes

   
Notre vie étant toute consacrée à Dieu, ce n’est pas seulement une partie du temps qui doit être réservée à l’oraison, mais toute notre vie…

Notre âme doit toujours être prête à recevoir l’empreinte de Dieu, de la prière, de l’union avec Notre Seigneur. C’est ainsi que nous devons être à travers notre vie organisée pour nous unir à Dieu. Souvent, nous la désorganisons parce que nous croyons que ce sont les occupations extérieures qui nous troublent  alors que ce sont surtout les distractions intérieures.





Quand on veut que l’eau coule vers un endroit défini, il faut creuser le sol pour lui donner un passage. De même, si nous voulons que nos pensées et nos aspirations soient transformées par la grâce, il faut creuser un chemin surnaturel dans nos âmes…               







Ayez à cœur de chercher Dieu véritablement 
Ne vous laissez pas aller à de petits mécontentements et à des craintes, laissez-vous pénétrer de la présence de Dieu et abandonnez-vous à Lui comme à votre père. Si vous gardez des préoccupations, des désirs de paraître, de vous adonner davantage aux choses qui vous intéressent, alors vous ne
creusez pas ce sentier qui doit vous conduire à l’union avec Dieu.

Instructions  du  25 août 1917, Mère Isabelle, Fondatrice des soeurs Orantes de l'Assomption.          

vendredi 22 juin 2018

J'aspire l'Esprit, Guillaume de Saint-Thierry

Signy-l'Abbaye (Ardennes) église, vitrail 13


J'aspire l'Esprit
Seigneur, mon âme misérable est nue, gelée, transie.
Mon âme désire être réchauffée par la chaleur de ton Amour.

Je me tiens dans ma demeure de solitude.
Aspirant le souffle de mon amour, j’ouvre vers Toi et j’aspire l’Esprit.
Et quelquefois, Seigneur, tandis que je suis comme béant vers Toi, les yeux clos,
Tu mets quelque chose dans la bouche de mon coeur.
Je sens une saveur, tellement douce et suave, tellement réconfortante,
que, si elle devenait parfaite en moi, je ne chercherai plus rien.




Quand je la reçois, je veux la retenir et ruminer, mais aussitôt, elle passe.
Je l’avale sans doute, mais en la ruminant longtemps,
je souhaiterais perdre la saveur de toutes les autres affections
et ne plus savourer qu’elle seule à jamais. Mais elle se hâte de passer.

Alors, par expérience, je suis contraint d’apprendre ce que, dans l’Évangile,
Tu dis de l’Esprit : - On ne sait ni d’où il vient, ni où il va. L’Esprit souffle où il veut.
Et j’éprouve aussi en moi qu’il souffle non quand je le veux, mais quand l’Esprit le veut.

Vers Toi, Seigneur, vers Toi sont tournés mes yeux.
Vers Toi va le désir de l’âme.
Que vers Toi, en Toi et par Toi, s’orientent tous les élans de mon âme.
Cache-moi, je T’en supplie, dans le refuge de Ta face.
Protège-moi dans Ta demeure.

Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148)
Abbé de Saint-Thierry [Reims].

samedi 16 juin 2018

La patience de la croissance

                                                                                        Commentaire Evangile selon saint Marc, 4,26-34.




Nous devons nous rappeler que la rapidité avec laquelle croît la Parole ne correspond pas  nécessairement à notre désir de la voir s'épanouir avec la plus grande célérité. 

De quelle façon la Parole est tombée dans le cœur, cela reste parfois incompréhensible ?




 Un homme spirituellement revivifié ne va pas d'un coup grandir jusqu'à la maturité. La condition, c'est d'être patient tant avec soi-même qu'avec les autres. En vain nous perdons courage en ne voyant ni en nous, ni chez les autres cette croissance spirituelle désirée, or la semence divine tôt ou tard lèvera. 





Avant que l'épi ne puisse émerger au-dessus de la terre, une étape inévitable doit s'accomplir avec la semence sous terre: elle doit se dissoudre, en quelque sorte disparaître. Cette semence cesse d'être une unité fermée sur elle-même, elle se déchire, se nourrit d'humidité, on ne peut plus la reconnaître ni la distinguer de son milieu terrestre. Et c'est seulement lorsque cette semence se confond avec le sol où elle se trouve que commence la fécondation. Et le fruit peut s'ouvrir non seulement dans une sorte d'éclatement dramatique, mais aussi au cours d'une humble et imperceptible évolution. Métropolite Antoine Bloom (+2003), Magnificat, N° 258, juin 2018, 258.

samedi 9 juin 2018

Que ton règne vienne, Origène




« Comme l'a dit notre Seigneur et Sauveur : "Le règne de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer. 

On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. 

Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous".  Et en effet, "elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre coeur", Dt 30,14


En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s'accomplisse en lui-même. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses lois spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : "Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui, Jn 14,23.

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole de l'apôtre Paul s'accomplira : le Christ "après avoir soumis" tous ses ennemis, "remettra son pouvoir royal à Dieu le Père pour que Dieu soit tout en tous", 1 Co 15,28. C'est pourquoi, priant sans relâche, avec des dispositions divinisées par le Verbe, disons : "Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne", Mt 6,9.

Origène (v.185-253), Traité sur la prière, 25 ; GCS 3, 356 (trad. Bréviaire).

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dimanche 3 juin 2018

Culte du Saint Sacrement - Océan de lumière, Mère Isabelle, Fondatrice des Orantes de l'Assomption






La lampe qui éclaire la Jérusalem des âmes, c’est Jésus-Christ. Et lucerna ejus est agnus : il doit en éclairer tous les replis.





Notre vie c’est le Christ ; notre lumière, Jésus au tabernacle. Notre vie doit se passer devant le tabernacle. C’est là que Notre-Seigneur se trouve pour ne faire qu’un avec nous. Il y a différents degrés dans cette union, et nous devons aspirer au degré qui nous unit le plus au Christ Jésus.

Tout dans le monde est unité et multiplicité. L’Eglise est une dans sa doctrine et une dans sa foi ; cependant elle est multiple dans ses oeuvres, dans sa direction des âmes. Dans les âmes, il y a aussi multiplicité et unité. On voit des âmes si différentes les unes des autres, et pourtant elles tendent toutes à Dieu.

De même, dans la vie religieuse, il y a l’unité de la vie religieuse, l’unité des vertus religieuses. L’ensemble des vertus religieuses sont les mêmes partout, néanmoins vous avez la multiplicité des oeuvres ; et nous, dans nos prières, nous devons avoir cette multiplicité qui va toujours à l’unité du salut des âmes, mais qui est pleine de zèle et s’étend sur le monde entier, car nous devons prier pour toutes les oeuvres. Et aujourd’hui nous devons prier saints Cyrille et Méthode qui ont travaillé pour les oeuvres d’Orient, les mêmes dont s’occupe l’Assomption. Dans notre adoration, dans la lumière de Dieu, demandons ce qu’il y a de plus parfait pour ces oeuvres ; demandons-le avec un grand zèle, un grand amour, en nous plongeant dans la lumière. Mais pour nous plonger dans la lumière, il faut que nous pratiquions les vertus que Notre-Seigneur nous enseigne dans son tabernacle. Notre vie est une par l’adoration ; elle doit être une adoration perpétuelle. Nous ne le comprenons pas assez. Il y a une unité non seulement dans la vie de prière, mais dans la vie tout entière. Il ne faut pas oublier que nous sommes des adoratrices. Nous l’oublions souvent dans nos actes. Nous oublions que nous sommes là pour demander des grâces pour les âmes, pour les pécheurs. L’adoration n’est pas une contention ; c’est un simple regard qui fait qu’on est toujours en adoration devant Dieu : les actes en ressortent tout naturellement.

Notre-Seigneur était toujours en adoration devant son Père, parce qu’Il était parfait. Plus nous sommes parfaits, plus nous sommes en adoration devant le Saint-Sacrement, devant le Christ Jésus qui est resté pour nous dans son sacrement d’amour. Plus nos actes, nos pensées sont imparfaits, plus nous nous éloignons du tabernacle, non de fait, mais spirituellement. Or, dans la vie mystique, c’est l’intérieur qui compte, l’effort sur nous-mêmes qui compte pour notre adoration. C’est un moyen de prouver à Notre-Seigneur que nous l’aimons... Instruction de Mère Isabelle aux Orantes, Culte du Saint Sacrement Océan de lumière, Directoire chapitre VI, 7 juillet 1917

lundi 28 mai 2018

St Grégoire le Grand, L'esprit Saint et la connaissance de Dieu




Saint Grégoire le grand (540-604)

64ème pape, docteur et Père de l'Église d'occident.




L’Esprit Saint et la connaissance de Dieu

- L’ouverture des sens
Par le don de l’Esprit, Dieu répand dans tous les hommes sa connaissance. Nos sens ne sont pas naturellement ouverts aux choses de Dieu. Il faut le vent violent de la Pentecôte, Ac 2,2, pour briser notre surdité et notre insensibilité aux choses de Dieu. Outre la Pentecôte historique dont parle les Actes des Apôtres, il est une pentecôte intérieure et toute personnelle qui se passe sans témoin dans le coeur du croyant. Entendre la voix du Seigneur, c’est percevoir en soi l’inspiration de sa grâce, c’est-à-dire le Souffle de l’Esprit. Alors notre coeur est pénétré d’une force intérieure qui l’incite à l’amour de Dieu. En recevant l’Esprit Saint, les Apôtres ont été introduits dans la pensée de Dieu. Il peut arriver que l’Esprit se fasse pour l’âme petit ruisseau ou torrent.

- Le don de la Parole
L’Esprit s’est manifesté à la Pentecôte sous le symbole des langues de feu. Celui qui est touché par la langue de feu de l’Esprit confesse le Verbe de Dieu, le Fils unique. Personne ne peut dire que Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint, 1 Co 12, 3. Quand Pierre voit le Seigneur transfiguré, il reçoit la consigne de n’en rien dire avant la résurrection, Mt 17, 8. Pour pouvoir parler du Christ avec autorité, l’apôtre doit avoir reçu l’intelligence du mystère que donne l’Esprit Saint. Ce n’est pas une sagesse humaine qui peut pénétrer les mystères de l’Incarnation. Il faut la puissance de l’Esprit.

- L’écoute de la Parole
Quand un homme parle de Dieu à d’autres, l’Esprit est là en celui qui parle comme en celui qui écoute, à la mesure de la disponibilité intérieure de celui qui parle et de celui qui écoute. Pourquoi les auditeurs comprennent-ils différemment ce qu’exprime une voix unique ? C’est que, par le moyen de ce qui est adressé à tous, le Maître intérieur instruit certains d’une manière toute spéciale. Le bruit de la voix n’enseigne rien si l’esprit de l’auditeur n’est pas oint de l’Esprit Saint. Les prédicateurs sont les coopérateurs de Dieu, et tandis que le prédicateur agit à l’extérieur par son ministère d’exhortation, Dieu agit intérieurement par Son Esprit : Celui qui plante n’est rien… C’est Dieu qui donne la croissance, c’est Dieu, par sa grâce intérieure, qui ouvre invisiblement l’accès du coeur.

Lire l’Écriture ou écouter les prédicateurs ne suffit pas pour changer de vie. Il ne faut pas compter sur ses propres forces, mais tout attendre du don de l’Esprit. Cette attente n’est pas une attitude paresseuse ou purement passive. L’enseignement des hommes est le plus souvent indispensable pour qu’agisse l’Esprit.

- La connaissance et l’Amour
À la Pentecôte, l’Esprit a rendu les apôtres ardents et éloquents, il les a embrasés et les a faits parler. Ceux qui sont remplis de l’Esprit aiment les réalités célestes dont ils parlent. Même ce que nous ne comprenons pas encore pleinement, nous pouvons déjà l’aimer du fond du coeur, parce que nous avons reçu le gage de l’Esprit. L’amour précède en quelque sorte la connaissance. Quand se répand le feu de l’amour, c’est que le coeur aussi est atteint comme l’intelligence, et alors plus rien n’a vraiment d’importance pour l’homme que Dieu. On ne comprend bien les choses de Dieu que si on va jusqu’à les aimer et tout cela vient de l’Esprit Saint.

- La connaissance, mesure de l’amour
On ne peut aimer que ce que l’on connaît et, comme ici-bas on connaît les choses de Dieu par la foi, on ne peut aimer que ce qu’on croit. La foi précède la charité. L’esprit ne voit pas parfaitement ce qu’il aime, il ne fait que commencer à le voir. C’est pourquoi la vie présente dans la foi est une vie de désir. Quand on a commencé à connaître Dieu par la foi, on aspire à le voir face à face.

Extrait, Catry Patrick, Amour et Esprit-Saint, chez saint Grégoire le Grand, vie monastique N° 17.

lundi 7 mai 2018

7ème DIMANCHE DE PÂQUES année B - Jean 17, 11-19


Saint Jean 17,11-19


« Amour…
Amour qui planait sur les eaux
Et les berças du premier souffle,…
Nos âmes dorment,

Prends-les d’un battement nouveau… »



« Amour »… Il n’y a pas de plus beau nom à donner à l’Esprit Saint ! Et il nous est bon de chanter souvent cette hymne, écrite par le poète Patrice de la Tour du Pin, en ce temps où nous ouvrons davantage nos cœurs à la venue de l’Esprit, où nous reconnaissons davantage sa présence… Cet Esprit insaisissable, souvent inaperçu, aux noms multiples car il est partout présent et sans cesse à l’œuvre, on l’appelle souffle, vent… - brise très douce du prophète Elie, ou grand bruit de bourrasque à la Pentecôte… - , … on l’appelle feu qui réchauffe ou illumine – rayonnement de gloire de la Transfiguration, langues de feu à la Pentecôte, flamme du Cierge Pascal au milieu de nous… - , … on l’appelle aussi source d’eau vive, car l’Esprit nous purifie et nous vivifie,… et parfois il se fait reconnaître en forme de colombe… Et savez-vous, au fond de vous, il y a toujours une petite flamme,… même au plus sombre, peut-être au plus désespéré de votre cœur, oui, il y a toujours une petite flamme qui scintille… et cette petite flamme, c’est lui au fond de nous !... Oui, il y a toujours une source qui coule au fond de nous, et qui murmure sans cesse : « Viens vers le Père ! », une eau vive qui, nous dit Jésus, « jaillit en Vie éternelle ! » …Car cet Esprit Créateur, qui est à l’œuvre à la Création du Commencement : « Amour qui planais sur les eaux et les berças du premier souffle… », il est aussi sans cesse à l’œuvre à la Création de chaque instant : « Tu es la genèse en tout temps, tu es le vent qui crie naissance… », dit le poète… Et cet Amour créateur, il est aussi l’Amour rédempteur, l’Amour qui fait de nous des fils et des frères, l’Amour qui met en nous l’Amour… pour nous donner d’aimer jusqu'au bout notre prochain le plus proche, comme le plus lointain, comme peut-être aussi le plus ennemi de nos frères… « Amour descendant aujourd'hui, viens agiter les eaux enfouies de nos baptêmes qui, de la mort de Jésus Christ, nous font resurgir dans sa vie ! » ...

Frères et sœurs, c’est en ouvrant notre cœur à l’Esprit Saint, c’est en laissant notre petite flamme intérieure nous illuminer, c’est en nous abreuvant à la source d’eau vive qui coule en nous, c’est en accueillant le don de l’Amour, que notre vie va se transfigurer en Amour… Il se passe alors quelque chose,… quelque chose comme ce qui est arrivé à Marie, laissant l’Esprit Saint concevoir Jésus en elle… D'ailleurs elle est là au milieu des disciples, comme pour leur apprendre à accueillir l’Esprit Saint qui vient engendrer Jésus en chacun de nous… pour que nous devenions avec lui, Jésus, vraiment des fils et des filles tout aimants du Père, et des frères et sœurs pour tous… Oui, comme Jésus, avec Jésus,… laissant Jésus vivre en nous, aimer en nous, prier en nous… comme nous le voyons aimer et prier dans l'Evangile d'aujourd'hui. Dans cet Evangile, l’Esprit Saint est partout secrètement à l’œuvre : la prière, c’est lui,… la fidélité, c’est lui,… l’unité qui se construit, c’est lui,… le don de 

la Parole, c’est lui,… la joie, bien sûr c’est lui,… Jésus qui se consacre pour que nous soyons consacrés, - c'est-à-dire : Jésus qui se laisse entièrement prendre par l’Esprit d’Amour, et qui donne sa vie par Amour… pour que nous recevions nous aussi en plénitude l’Esprit d’Amour, et que nous donnions nous aussi notre vie par Amour -, c’est lui, c’est encore lui, c’est toujours lui… : « Pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés par la vérité. » Bien sûr, la vérité, ici, c’est lui… Et l’envoi en mission, c’est lui… : « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. », Extrait Homélie abbaye de Tamié, 2016.

jeudi 3 mai 2018

Fructifier sans relâche, St Basile Le Grand, + 379



Jean 15,1-8

Que d’effets concourent avec empressement à l’œuvre de la nature ! La racine de la vigne, les ceps qui poussent sur le sol, le bourgeon, les vrilles, le raisin vert, les grappes ! il te suffit de voir la vigne, si tu la regardes avec intelligence, pour te souvenir de ta nature. Car tu te rappelles évidemment la comparaison du Seigneur qui se dit la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous qui avons été greffés par la foi sur l’Eglise, il nous appelle ses sarments ; et il nous invite à porter beaucoup de fruits.

Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles de la vigne, nous attachent au prochain et nous fassent reposer sur lui, afin que, dans nos continuels élans vers le ciel, nous puissions, telles que les vignes grimpantes, nous élever jusqu'aux cimes les  plus hautes.


Il nous demande encore de nous laisser sarcler. Or, une âme est sarclée quand elle écarte de soi les soucis du monde, qui sont un fardeau pour nos cœurs.  Il ne nous faut, dans l’esprit de la parabole, ni poussier en bois, c’est-à-dire vivre avec  ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors, mais fructifier en réservant nos œuvres pour les montrer au vigneron véritable.

Saint Basile Le Grand, Docteur de l’Eglise, in Magnificat, mais 2018, p. 56-57.

vendredi 27 avril 2018

Que ton esprit habite ma prière, Isaac le Syrien



« Seigneur, quand ton Esprit Saint vient habiter dans un homme, cet homme ne peut plus cesser de prier, car l'Esprit en lui prie sans cesse.



Qu'il dorme, qu'il Veille, dans son cœur la prière est toujours à l’œuvre. Qu'il mange, qu'il boive, qu'il se repose ou qu'il travaille, l'encens de la prière monte spontanément de son cœur. La prière en lui n'est plus liée à un temps déterminé, elle est ininterrompue.

Même durant son sommeil, elle se poursuit, bien cachée. Car le silence d'un homme qui est devenu libre est en lui-même déjà prière. Ses pensées sont inspirées par Toi, mon Dieu. Le moindre mouvement de son cœur est comme une Voix qui, silencieuse et secrète, chante pour Toi l'Invisible. »

St Isaac le Syrien (7ème siècle), moine et évêque de Ninive
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samedi 14 avril 2018

Prier la nuit, Saint Bernard



" Celui qui veut prier en paix ne tiendra pas seulement compte du lieu, mais du temps. Le moment du repos est le plus favorable et lorsque le sommeil de la nuit établit partout un silence profond, la prière se fait plus libre et plus pure. 






« Lève-toi la nuit, au commencement des vigiles, et épanche ton cœur comme de l'eau devant le Seigneur ton Dieu » (Lm 2,19). 

Avec quelle sûreté la prière monte dans la nuit, quand Dieu seul en est témoin, avec l'ange qui la reçoit pour aller la présenter à l'autel céleste ! Elle est pure et sincère, quand la poussière des soucis terrestres ne peut pas la salir. Il n'y a pas de spectateur qui puisse l'exposer à la tentation par ses éloges ou ses flatteries.
                                                      
C'est pourquoi l'Épouse [du Cantique des Cantiques] agit avec autant de sagesse que de pudeur lorsqu'elle choisit la solitude nocturne de sa chambre pour prier, c'est-à-dire pour chercher le Verbe, car c'est tout un. Tout est en lui : les remèdes à tes blessures, les secours dont tu as besoin, l'amendement de tes défauts, la source de tes progrès, bref tout ce qu'un homme peut et doit souhaiter.    

                                                 
Il n'y a aucune raison de demander au Verbe autre chose que lui-même, puisqu'il est toutes choses. »

St Bernard (1091-1153), Sermon 86 sur le Cantique des Cantiques (3), Trad. Béguin, Seuil, 1953.
Texte intégral des Sermons sur le Cantique des Cantiques.

samedi 7 avril 2018

La paix soit avec vous !, Jean 20, 19

Marie Madeleine annonce la résurrection
aux apôtres

2ème dimanche de Pâques
Saint Jean 20,19-31
Lorsque Jésus ressuscité se manifeste à ses apôtres, il leur donne la paix, il leur dit « la paix soit avec vous ! », Jean 20,19. 
Nous pouvons entendre cette salutation dans son sens premier, comme une simple façon de dire bonjour au temps du Christ : « Shalom, la paix soit avec vous ». Mais l’évangile de saint Jean ne nous rapporte certainement pas cette phrase pour nous apprendre que Jésus a dit bonsoir à ses disciples ! Il souligne d’ailleurs que Jésus l’a répétée une deuxième fois : « il leur dit à nouveau : la paix soit avec vous », Jean 20,21. 

Il nous montre que cette phrase de Jésus porte un message et un projet : le Christ ressuscité vient nous donner la paix de la part de Dieu. Tout à l’heure, il nous le dira aussi comme dans chaque eucharistie : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix ». 
Cette paix que le Christ nous donne c’est la paix qui vient de Dieu. 
Il ne nous la donne pas « à la manière du monde ", Jean 14,27. Elle n’est pas la simple absence de violence ou une relative tranquillité de vie. C’est la paix profonde du cœur réconcilié avec Dieu.
C’est pourquoi cette salutation est liée à la mission que Jésus donne immédiatement à ses apôtres : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Puis il répand sur eux son souffle et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés lui seront remis ; tout homme à qui vous les maintiendrez ils seront maintenus », Jean 20,21-23.
Dans l’évangile de saint Jean, il n’y a pas de récit de la Pentecôte. Le don de l’Esprit aux apôtres est lié à cette présence du Christ ressuscité qui répand son souffle sur eux. Il leur donne son Esprit pour qu’ils soient les ministres du pardon, c’est-à-dire pour qu’ils soient ceux qui donnent la paix de la part de Dieu. Jésus donne son Esprit à ses apôtres comme il l’avait remis au moment de sa mort. 

Selon le récit de la Passion de l’Evangile de Saint Jean que nous avons entendu le vendredi saint, au moment de sa mort sur la croix, Jésus remet l’Esprit. Ceci signifie que Jésus rend sa vie à Dieu mais aussi qu’il répand sa vie sur tous ceux qui croient. C’est pourquoi le dernier verset que nous venons d’entendre dit encore « par votre foi, vous avez la vie en son nom ", J
ean 20,31. Ce don de l’Esprit est encore symbolisé dans l’évangile de Jean par l’eau et le sang qui jaillissent du cœur transpercé du Christ...
Extrait de l'homélie du Cardinal André Vingt-Trois du 19 avril 2009 Jn 20,19-31.

mardi 3 avril 2018

Homélie pour la première semaine de Pâques, St Irénée



Après que notre Seigneur fut ressuscité des morts, et que les apôtres eurent été revêtus de la force d'en haut par la venue de l'Esprit-Saint, ils furent remplis de certitude au sujet de tout et ils possédèrent la connaissance parfaite. Et c'est alors qu'ils s'en allèrent jusqu'aux extrémités de la terre, proclamant la bonne nouvelle des biens qui nous viennent de Dieu et annonçant aux hommes la paix céleste. Ils avaient tous ensemble, et chacun pour son compte, l'Évangile de Dieu.


Ainsi Matthieu publia-t-il chez les hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Évangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église.

Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit, lui aussi par écrit, ce que prêchait Pierre.

De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci.

Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia, lui aussi, l'Évangile, tandis qu'il séjournait à Éphèse, en Asie.

Cette foi que nous avons reçue de l'Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l'action de l'Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient. C'est à l'Église elle-même, en effet, qu'a été confié le Don de Dieu, comme l'avait été le souffle à l'ouvrage modelé, afin que tous les membres puissent y avoir part et être par là vivifiés ; c'est en elle qu'a été déposée la communion avec le Christ, c'est-à-dire l'Esprit-Saint, arrhes de l'incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu. Car dans l'Église, est-il dit, Dieu a placé des apôtres, des prophètes, des docteurs et tout le reste de l'opération de l'Esprit.
De cet Esprit s'excluent donc tous ceux qui, refusant d'accourir à l'Église, se privent eux-mêmes de la vie par leurs doctrines fausses et parfois leurs actions dépravées. Là où est l'Église, là est aussi l'Esprit de Dieu. Là où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Église et toute grâce. Et l'Esprit est Vérité.

Saint Irénée (2ème siècle)
Né à Smyrne [Grèce], 2ème évêque de Lyon, théologien et Père de l'Église. Contre les hérésies III,24,1.

mercredi 28 février 2018

Il faut creuser un chemin surnaturel dans nos âmes, Mère Isabelle

6 mars 1849 - 6 mars 2018 : 169ème anniversaire de naissance de notre fondatrice, Mère Isabelle.

Mère Isabelle à  Berton, archive O.A. 
Notre vie étant toute consacrée à Dieu, ce n’est pas seulement une partie du temps qui doit être réservée à l’oraison, mais toute notre vie.

Notre âme doit toujours être prête à recevoir l’empreinte de Dieu, de la prière, de l’union avec Notre Seigneur. C’est ainsi que nous devons être à travers notre vie organisée pour nous unir à Dieu. Souvent, nous la désorganisons parce que nous croyons que ce sont les occupations extérieures qui nous troublent, alors que ce sont surtout les distractions intérieures.

Quand on veut que l’eau coule vers un endroit défini, il faut creuser le sol pour lui donner un passage. De même, si nous voulons que nos pensées et nos aspirations soient transformées par la grâce, il faut creuser un chemin surnaturel dans nos âmes…

Ayez à coeur de chercher Dieu véritablement ; ne vous laissez pas aller à de petits mécontentements et à des craintes, laissez-vous pénétrer de la présence de Dieu et abandonnez-vous à Lui comme à votre Père. Si vous gardez des préoccupations, des désirs de paraître, de vous adonner davantage aux choses qui vous intéressent, alors vous ne creusez pas ce sentier qui doit vous conduire à l’union avec Dieu.
Instruction de Mère Isabelle aux Orantes, 25 août 1917.

vendredi 3 avril 2015

Silence, samedi saint



Silence du tombeau
Silence
Du tombeau !
Le monde se tait après la mort
Du germe de la moisson ;
Comme une semence
Dans le sillon,
Dessous la pierre on dépose le corps :
Voici l'heure du repos,
Le temps de l'espérance.

Détresse
Du tombeau !
La terre a saisi son Créateur,
La mort a pris le vivant ;
Pour nous il s'abaisse
Jusqu'au néant,
Avant le don de l'Esprit défenseur,
Voici l'heure du repos,
Le temps de la promesse.

Mystère
Du tombeau !
La femme se tient auprès du lieu
Où passe le Premier-Né ;
L'enfant que le Père
Lui a confié
Vient d'achever son retour vers les cieux :
Voici l'heure du repos,
Le temps d'ouvrir la terre.

Victoire
Du tombeau !
La garde s'endort et vient la nuit,
L'amour descend aux enfers :
« Venu dans l'histoire
J'ai tout offert.
Laisse la mort, Adam, car aujourd'hui
Voici l'heure du repos,
Le temps de notre gloire ».

CFC (f. Paul)
GA 1976
LMH

jeudi 12 mars 2015

Saint Grégoire de Nysse, Le progrès spirituel, temps du carême

Saint Grégoire de Nysse
(335-395)

Mystique et théologien spéculatif de l’Église grecque. Frère cadet de Saint Basile de Césarée.


Le progrès spirituel

La grâce de l’Esprit et l’oeuvre bonne, concourant à la même fin, comblent de cette vie bienheureuse l’âme dans laquelle elles se réunissent.

Séparées au contraire, la grâce de l’Esprit et l’oeuvre bonne ne procureraient à l’âme aucun profit. Car la grâce de Dieu est de telle nature qu’elle ne peut visiter les âmes qui refusent le salut ; et le pouvoir de la vertu humaine ne suffit pas à lui seul pour élever jusqu’à la forme de la vie [céleste] les âmes qui ne participent pas à la grâce.
Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes, Ps 126, 1.

Il faut à la fois mettre tout son entrain, toute sa charité, toute son espérance, dans les labeurs de la prière, du jeûne et des autres exercices, et rester cependant persuadé que les fleurs et les fruits de ce travail sont l’oeuvre de l’Esprit. Si quelqu’un en effet, met le succès à son compte et attribue tout à ses efforts, la jactance et l’orgueil pousseront chez lui, au lieu des bons fruits.

Que doit donc faire celui qui vit pour Dieu et pour son espérance, sinon soutenir allègrement les combats de la vertu, mais fonder sur Dieu seul la liberté de l’âme et son ascension vers la cime des vertus.

La vie parfaite est celle dont aucune borne ne limite le progrès dans la perfection. La croissance continuelle de la vie vers le meilleur est la voie pour l’âme vers la perfection.

Nulle limite ne saurait interrompre le progrès de la montée vers Dieu, puisque d’un côté le Beau n’a pas de borne et que de l’autre, la croissance du désir tendu vers Lui ne saurait être arrêtée par aucune satiété.

vendredi 6 mars 2015

Mère Isabelle Fondatrice des Orantes A, Relecture


6 mars 2015 - anniversaire de sa naissance

 
Relecture de Mère Isabelle
11 mars 1907


Elle a 60 ans.


Le sacrifice des consolations


La sécheresse, l'abandon, les souffrances spirituelles et intérieures, je les ai demandées. Je me suis toujours appuyée sur l'obéissance qui s'appuyait elle-même sur les demandes intimes de la grâce. Les ardeurs et les consolations des premières années ont été grandes, mais il fallait faire le sacrifice de ces consolations pour les âmes. J'étais éperdue.

Cela ressemblait si peu aux grâces du passé et du présent, cela me semblait si sombre, si affreux, et cependant je ne pouvais pas ne pas acquiescer. La volonté du Maître était trop absolue et, d'ailleurs, tout en sondant la profondeur du gouffre où il fallait me jeter, je n'en comprenais pas toutes les amertumes, puisque j'y étais poussée par cette force victorieuse du Christ qui triomphe de tout et qui porte tout. Le Père Picard avait compris ce que je ne comprenais pas et il contint mes ardeurs pendant longtemps, suivant en moi les exigences de la grâce, mais ne les devançant pas.

Notre Seigneur demandait, insistait toujours, jusqu'au jour où le Père me permit cette demande. Elle fut très vite suivie des plus grandes désolations, tellement que le Père me dit depuis qu'il en avait été lui-même effrayé. Désolations, purifications, désespoirs, désespérances, tentations contre la pureté et contre la Foi, dégoûts, révoltes, rejet de Notre Seigneur il me semble - ou plutôt je suis bien sûre d'avoir passé par tous ces états qui ne s'oublient pas et qui, s'ils sont douloureux, affreusement douloureux, sont tout autre chose que mon état actuel.

Je ne désire pas les consolations. Il me semblerait, si je les recherchais le moins du monde, que je ne suis pas fidèle à ma mission, que je ne travaille pas pour les âmes sous la forme que Dieu a choisie pour moi… Il y a aussi la fidélité et je crains toujours de n'être pas fidèle dans cet état où la prière m'est si fort à dégoût et où j'y suis si paresseuse.
 
Il ne me sert de rien de prendre un livre. Tel livre que je lirais volontiers tranquillement à ma table ne me dit plus rien quand il s'agit de l'oraison. La seule chose qui puisse me dire quelque chose à l'oraison, c'est cette parole intérieure du Verbe par laquelle je sens que je suis le temple du Saint-Esprit. Cette parole, je ne la saisis pas, je sens que, si je la saisissais, elle m'enflammerait. Je sens qu'Elle est esprit et vie. Je sens qu'Elle seule est esprit et vie et que l'Évangile lui-même, qui est cependant la parole de Dieu n'a pas cette saveur, cette vie, cette illumination que l'âme doit trouver dans son commerce avec Dieu. C'est un intermédiaire et mon âme ne peut pas supporter d'intermédiaire avec Dieu dans l'intime du coeur. Là il n'y a pas de paroles. Il y a la vie, l'union, la liquéfaction de ma pauvre âme pécheresse dans sa communication avec Dieu.

C’est de temps en temps, au fin fond de mon coeur que je sens cela, que je cherche cela. Tout le reste du temps se passe à regarder voler les mouches que je ne vois pas d'ailleurs parce que je n'y vois pas clair, mais si j'y voyais clair, comme les mouches m'amuseraient plus que mon oraison où je pense à n'importe quoi, à une foule de choses qui ne m'intéressent pas du tout.

lundi 2 mars 2015

Jean Tauler, La dureté de coeur (carême)

Jean Tauler 1300–1361)
Mystique Rhénan.

Sermon 18.

Jésus se manifesta aux onze.

Il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de coeur,

Mc 16,14.

La dureté de coeur
Qu’est-ce donc qui endurcit le coeur au point que l’homme est absolument sec et froid pour ce qu’il devrait faire de bien ? Les gens de cette espèce ne veulent pas qu’on les blâme.

Quel est le peuple dont Dieu se plaint ainsi ? C’est son peuple, ceux qui ont abandonné les eaux vivantes et, dans leur fond, il y a bien peu de lumière et de vie, il n’y a plus que des choses extérieures. Ils restent en arrière avec leurs pratiques et leurs oeuvres extérieures qu’ils se sont données à eux-mêmes. Tout leur vient du dehors, et à l’intérieur, dans le fond, où cela devrait sourdre et jaillir, il n’y a absolument rien. Ces gens ne se recueillent pas dans le fond. Ils n’en ont ni le désir, ni la soif. Quand ils ont fait à leur manière les choses qui leur ont été présentées du dehors, ils sont forts satisfaits. Ils s’en tiennent à leurs citernes qu’ils se sont creusées à eux-mêmes et n’ont pas le goût de Dieu. Ils ne boivent pas à la source d’eau vive, ils ne s’en inquiètent pas.

Ce qui a été apporté dans les citernes se corrompt et devient nauséabond. Cela sèche. La cause vient de ces pratiques personnelles, sensibles. Il ne reste alors dans le fond qu’orgueil, volonté propre, dureté de jugement, de parole, de conduite, blâme du prochain, non pas de ces blâmes exprimés avec amour et douceur, mais de ceux qu’on fait sans raison, et à contretemps.


Si jamais la fontaine d’eau vive avait jailli dans votre fond aride, jamais on n’eût trouvé chez vous une telle acception des personnes, mais toujours une charité égale, vraie, divine, jaillissant du fond. Il n’y aurait alors ni mépris, ni blâme, ni sévérité de jugement, ni dureté de coeur. Toute cette corruption fermente dans les citernes.

Celui qui lance son navire dans le redoutable océan de la divinité y navigue avec maîtrise, et finit par jeter ses rames dans la mer sans fond. Plus il attire en lui l’influx divin, plus il s’épanouit. Et Dieu vient combler intérieurement cette capacité, et cette plénitude crée une nouvelle réceptivité, un nouvel épanouissement.

Puissions-nous donc abandonner toutes nos citernes afin que soit versée en nous l’eau vive de la charité.

mercredi 18 février 2015

Saint Théodore le Studite, Tenez vos lampes allumées (carême)

 
Saint Théodore le Studite (759-826)

Moine du Studion [monastère de Constantinopledans l'Église byzantine.

Tenez vos lampes allumées

Il y a un temps pour les semailles et un temps pour la moisson, un temps pour la paix et un temps pour la guerre, un temps pour le travail et un temps pour le loisir. Mais pour le salut de l'âme, tout moment est propice, et toute journée est favorable, si du moins nous le voulons. Ainsi donc, soyons toujours en mouvement vers le bien, faciles à mouvoir, mettant la Parole en actes.

C'est toujours le temps de la prière, le temps de la réconciliation après les fautes, le temps de ravir le Royaume des cieux.
Voici l'époux, dit l'Évangile, sortez à sa rencontre. Et les vierges sages sont allées à sa rencontre avec des lampes brillantes et elles sont entrées pour les noces ; tandis que les vierges folles retardées par l'absence de bonnes oeuvres criaient :

- Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !

Mais il a répondu : - En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. Et il ajoute : - Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l'heure.
Il faut donc veiller et éveiller l'âme à la sobriété, à la sainteté, à la purification, à l'illumination, pour éviter que la mort ne nous ferme la porte. Qu'ils sont heureux

les serviteurs que le Maître, à son retour, trouvera vigilants.

Pour moi qui suis ton serviteur indigne, Dieu, veuille m'éveiller du sommeil de mon indolence. Fait brûler en moi le feu de Ton Amour divin ; que grandisse sans cesse au-dedans de moi mon désir de répondre à ton infinie tendresse. Ah! S'il m'était donné de pouvoir tenir à longueur de nuit ma lampe allumée et ardente dans Ton temple, Seigneur ! Si elle pouvait éclairer tous ceux qui pénètrent dans la maison de mon Dieu ! Seigneur, accorde-moi cet amour qui se garde de tout relâchement, que je sache tenir toujours ma lampe allumée, sans jamais la laisser s'éteindre ; qu'en moi elle soit lumière pour mon prochain.

Ô Christ, daigne allumer toi-même nos lampes, toi notre Sauveur, fais-les brûler sans fin dans ta demeure, et recevoir de Toi, une lumière indéfectible, éternelle. Que ta lumière dissipe nos propres ténèbres, et que par nous elle fasse reculer les ténèbres du monde.

Seigneur Jésus, allume ma lampe à Ta propre lumière. Qu'à Ta lumière je ne cesse de Te voir, de tendre vers Toi tout mon être. Alors, dans mon coeur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence, ma lampe sera toujours allumée et ardente.

Daigne répandre en nous assez de Ton amour pour que nous aimions Dieu comme il convient. Que Ton amour nous possède tout entiers, pour que nous ne sachions plus rien aimer sinon toi, qui est éternel. Qu'en nous se réalise comme tu veux ce progrès de l'amour par ta grâce, Seigneur Jésus Christ, à qui est la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Oraison de saint Colomban Seigneur Jésus, allume ma lampe à ta propre lumière. Qu'à ta lumière je ne cesse de te voir, de tendre vers Toi mon regard et mon désir. Alors, dans mon coeur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence ma lampe sera toujours allumée et ardente.

jeudi 4 décembre 2014

Avent, Homélie ancienne sur la Lettre aux Philippiens, 4, 4 [attribuée à St Ambroise ?]

"La bonté divine, frères très chers, nous invite, pour le salut de nos âmes, aux joies de la béatitude éternelle, comme vous l'avez entendu dans la lecture qui nous occupe, où l'Apôtre disait : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur. Les joies du monde tendent à la tristesse ; mais les joies conformes à la volonté de Dieu attirent aux biens durables et éternels ceux qui y persévèrent. C'est pourquoi l'Apôtre ajoute : Je le répète, réjouissez-vous."
 
[...] Que votre sérénité soit connue de tous les hommes : c’est-à-dire que votre conduite sainte ne doit pas seulement apparaître devant Dieu, mais aussi devant les hommes, pour donner un exemple de sérénité et de réserve devant tous ceux qui demeurent avec vous sur la terre, ou encore pour laisser un bon souvenir devant Dieu et les hommes.
Le Seigneur est proche : ne soyez inquiets de rien : le Seigneur est toujours proche de ceux qui l’invoquent avec sincérité, avec une foi droite, une espérance ferme, une parfaite charité : car il sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez : Il est toujours près à secourir, dans n’importe lequel de leurs besoins, ceux qui le servent fidèlement. Aussi, lorsque nous voyons que le malheur est imminent, nous n’avons pas à nous faire de grand souci, puisque nous devons savoir que Dieu est pour nous un défenseur tout proche, selon cette parole : Le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est angoissé, et il sauvera ceux dont l’esprit est abattu. Les angoisses sont nombreuses pour les justes mais de toutes le Seigneur les délivrera [Ps 34]. Si nous nous efforçons d’accomplir et de garder ce qu’il prescrit, il ne tardera pas à s’acquitter de ses promesses.
 
Mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes : nous ne devons pas, si nous sommes accablés d’épreuves, les supporter avec récriminations et tristesse, loin de là, mais avec patience et bonne humeur, en rendant grâce à Dieu en tout temps et à propos de tout.".
 

mercredi 26 novembre 2014

L'avent, le sens d'une attente, F. Boëdec, sj.

L'Avent : le sens d'une attente


Chaque année à la même époque, quand arrive le temps de l’Avent, j’éprouve toujours avec le même étonnement une joie intérieure. Ce n’est pas l’ambiance de Noël avec ses guirlandes et ses lumières, si nombreuses autour de St Ignace, ni même la perspective des fêtes, qui me touchent. C’est que l’incroyable se répète : Voici Dieu qui vient à nous ! La vie spirituelle me semble d’un coup plus simple : ce n’est plus l’heure de me présenter devant lui à la force des poignets, je n’ai rien à faire qu’à le laisser s’approcher. Si Dieu vient et revient, c’est donc que la nuit ne tiendra plus longtemps devant la lumière, que la terre mûrit déjà en ses entrailles les récoltes insoupçonnées de demain, et que nous n’avons pas tort de croire en nos patients labeurs et aux fidélités du quotidien.

Pourtant, avouons-le, s’il n’y avait la liturgie pour nous le rappeler, le temps de l’Avent comme celui du Carême se déroulerait sans doute souvent sans qu’on y prenne garde. On se retrouve à Noël ou à Pâques sans avoir vu le temps passer, entraînés par le rythme du travail, les soucis de santé, les questions des enfants, les projets et sollicitations multiples…

Dans tout cela, il y a ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Il y a ce qui occupe nos esprits, nos boites mails, nos répondeurs, et ce qui aurait besoin de temps et d’espace pour mûrir et se dire. Il y a ce que nous nous employons à prévoir, programmer et décider, avec la fébrilité et l’impatience quand les choses ne vont pas assez vite, quand les réponses tardent à venir. Et nous avons tous, quel que soit l’âge, d’excellents stratagèmes pour remplir notre espace intérieur de paroles et de bruits, notre esprit de toutes sortes d’urgences et de tâches à remplir.

Ce temps de l’Avent vient dire à nos vies qu’il faut consentir à l’attente, à la distance pour que quelque chose de juste et de vraiment nouveau survienne dans nos existences. En somme, il nous faut des « avents » dans le rythme des jours pour que le plus important puisse émerger. Il ne s’agit pas de se dérober au réel qui nous attend avec ses vraies urgences, et ne supporte pas les fuites même habillées de vernis spirituel. Il s’agit de vivre le réel pour que celui-ci soit le lieu d’une arrivée, d’une venue ; pour que dans la juste distance que l’on met avec toutes choses, nous puissions laisser de l’espace à Celui qui fait « toutes choses nouvelles » (Apocalypse, 21,5).

D’ici Noël, essayons de contempler nos vies différemment. Pour laisser monter ce qui nous habite au plus profond, aspire à se dire et appelle à autre chose. Mais aussi pour nous mettre en attente, paisible et confiante, de cet essentiel qui ne nous appartient pas, qu’on ne maîtrise pas, mais dont on sait pourtant avoir tant besoin. Voici qu’il vient Celui qui peut combler nos attentes.

« Me voici pour faire du nouveau, il bourgeonne déjà. Ne le voyez-vous pas ? » Isaïe 43, 19

P. François Boëdec, sj.