vendredi 3 avril 2015

Silence, samedi saint



Silence du tombeau
Silence
Du tombeau !
Le monde se tait après la mort
Du germe de la moisson ;
Comme une semence
Dans le sillon,
Dessous la pierre on dépose le corps :
Voici l'heure du repos,
Le temps de l'espérance.

Détresse
Du tombeau !
La terre a saisi son Créateur,
La mort a pris le vivant ;
Pour nous il s'abaisse
Jusqu'au néant,
Avant le don de l'Esprit défenseur,
Voici l'heure du repos,
Le temps de la promesse.

Mystère
Du tombeau !
La femme se tient auprès du lieu
Où passe le Premier-Né ;
L'enfant que le Père
Lui a confié
Vient d'achever son retour vers les cieux :
Voici l'heure du repos,
Le temps d'ouvrir la terre.

Victoire
Du tombeau !
La garde s'endort et vient la nuit,
L'amour descend aux enfers :
« Venu dans l'histoire
J'ai tout offert.
Laisse la mort, Adam, car aujourd'hui
Voici l'heure du repos,
Le temps de notre gloire ».

CFC (f. Paul)
GA 1976
LMH

jeudi 12 mars 2015

Saint Grégoire de Nysse, Le progrès spirituel, temps du carême

Saint Grégoire de Nysse
(335-395)

Mystique et théologien spéculatif de l’Église grecque. Frère cadet de Saint Basile de Césarée.


Le progrès spirituel

La grâce de l’Esprit et l’oeuvre bonne, concourant à la même fin, comblent de cette vie bienheureuse l’âme dans laquelle elles se réunissent.

Séparées au contraire, la grâce de l’Esprit et l’oeuvre bonne ne procureraient à l’âme aucun profit. Car la grâce de Dieu est de telle nature qu’elle ne peut visiter les âmes qui refusent le salut ; et le pouvoir de la vertu humaine ne suffit pas à lui seul pour élever jusqu’à la forme de la vie [céleste] les âmes qui ne participent pas à la grâce.
Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes, Ps 126, 1.

Il faut à la fois mettre tout son entrain, toute sa charité, toute son espérance, dans les labeurs de la prière, du jeûne et des autres exercices, et rester cependant persuadé que les fleurs et les fruits de ce travail sont l’oeuvre de l’Esprit. Si quelqu’un en effet, met le succès à son compte et attribue tout à ses efforts, la jactance et l’orgueil pousseront chez lui, au lieu des bons fruits.

Que doit donc faire celui qui vit pour Dieu et pour son espérance, sinon soutenir allègrement les combats de la vertu, mais fonder sur Dieu seul la liberté de l’âme et son ascension vers la cime des vertus.

La vie parfaite est celle dont aucune borne ne limite le progrès dans la perfection. La croissance continuelle de la vie vers le meilleur est la voie pour l’âme vers la perfection.

Nulle limite ne saurait interrompre le progrès de la montée vers Dieu, puisque d’un côté le Beau n’a pas de borne et que de l’autre, la croissance du désir tendu vers Lui ne saurait être arrêtée par aucune satiété.

vendredi 6 mars 2015

Mère Isabelle Fondatrice des Orantes A, Relecture


6 mars 2015 - anniversaire de sa naissance

 
Relecture de Mère Isabelle
11 mars 1907


Elle a 60 ans.


Le sacrifice des consolations


La sécheresse, l'abandon, les souffrances spirituelles et intérieures, je les ai demandées. Je me suis toujours appuyée sur l'obéissance qui s'appuyait elle-même sur les demandes intimes de la grâce. Les ardeurs et les consolations des premières années ont été grandes, mais il fallait faire le sacrifice de ces consolations pour les âmes. J'étais éperdue.

Cela ressemblait si peu aux grâces du passé et du présent, cela me semblait si sombre, si affreux, et cependant je ne pouvais pas ne pas acquiescer. La volonté du Maître était trop absolue et, d'ailleurs, tout en sondant la profondeur du gouffre où il fallait me jeter, je n'en comprenais pas toutes les amertumes, puisque j'y étais poussée par cette force victorieuse du Christ qui triomphe de tout et qui porte tout. Le Père Picard avait compris ce que je ne comprenais pas et il contint mes ardeurs pendant longtemps, suivant en moi les exigences de la grâce, mais ne les devançant pas.

Notre Seigneur demandait, insistait toujours, jusqu'au jour où le Père me permit cette demande. Elle fut très vite suivie des plus grandes désolations, tellement que le Père me dit depuis qu'il en avait été lui-même effrayé. Désolations, purifications, désespoirs, désespérances, tentations contre la pureté et contre la Foi, dégoûts, révoltes, rejet de Notre Seigneur il me semble - ou plutôt je suis bien sûre d'avoir passé par tous ces états qui ne s'oublient pas et qui, s'ils sont douloureux, affreusement douloureux, sont tout autre chose que mon état actuel.

Je ne désire pas les consolations. Il me semblerait, si je les recherchais le moins du monde, que je ne suis pas fidèle à ma mission, que je ne travaille pas pour les âmes sous la forme que Dieu a choisie pour moi… Il y a aussi la fidélité et je crains toujours de n'être pas fidèle dans cet état où la prière m'est si fort à dégoût et où j'y suis si paresseuse.
 
Il ne me sert de rien de prendre un livre. Tel livre que je lirais volontiers tranquillement à ma table ne me dit plus rien quand il s'agit de l'oraison. La seule chose qui puisse me dire quelque chose à l'oraison, c'est cette parole intérieure du Verbe par laquelle je sens que je suis le temple du Saint-Esprit. Cette parole, je ne la saisis pas, je sens que, si je la saisissais, elle m'enflammerait. Je sens qu'Elle est esprit et vie. Je sens qu'Elle seule est esprit et vie et que l'Évangile lui-même, qui est cependant la parole de Dieu n'a pas cette saveur, cette vie, cette illumination que l'âme doit trouver dans son commerce avec Dieu. C'est un intermédiaire et mon âme ne peut pas supporter d'intermédiaire avec Dieu dans l'intime du coeur. Là il n'y a pas de paroles. Il y a la vie, l'union, la liquéfaction de ma pauvre âme pécheresse dans sa communication avec Dieu.

C’est de temps en temps, au fin fond de mon coeur que je sens cela, que je cherche cela. Tout le reste du temps se passe à regarder voler les mouches que je ne vois pas d'ailleurs parce que je n'y vois pas clair, mais si j'y voyais clair, comme les mouches m'amuseraient plus que mon oraison où je pense à n'importe quoi, à une foule de choses qui ne m'intéressent pas du tout.

lundi 2 mars 2015

Jean Tauler, La dureté de coeur (carême)

Jean Tauler 1300–1361)
Mystique Rhénan.

Sermon 18.

Jésus se manifesta aux onze.

Il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de coeur,

Mc 16,14.

La dureté de coeur
Qu’est-ce donc qui endurcit le coeur au point que l’homme est absolument sec et froid pour ce qu’il devrait faire de bien ? Les gens de cette espèce ne veulent pas qu’on les blâme.

Quel est le peuple dont Dieu se plaint ainsi ? C’est son peuple, ceux qui ont abandonné les eaux vivantes et, dans leur fond, il y a bien peu de lumière et de vie, il n’y a plus que des choses extérieures. Ils restent en arrière avec leurs pratiques et leurs oeuvres extérieures qu’ils se sont données à eux-mêmes. Tout leur vient du dehors, et à l’intérieur, dans le fond, où cela devrait sourdre et jaillir, il n’y a absolument rien. Ces gens ne se recueillent pas dans le fond. Ils n’en ont ni le désir, ni la soif. Quand ils ont fait à leur manière les choses qui leur ont été présentées du dehors, ils sont forts satisfaits. Ils s’en tiennent à leurs citernes qu’ils se sont creusées à eux-mêmes et n’ont pas le goût de Dieu. Ils ne boivent pas à la source d’eau vive, ils ne s’en inquiètent pas.

Ce qui a été apporté dans les citernes se corrompt et devient nauséabond. Cela sèche. La cause vient de ces pratiques personnelles, sensibles. Il ne reste alors dans le fond qu’orgueil, volonté propre, dureté de jugement, de parole, de conduite, blâme du prochain, non pas de ces blâmes exprimés avec amour et douceur, mais de ceux qu’on fait sans raison, et à contretemps.


Si jamais la fontaine d’eau vive avait jailli dans votre fond aride, jamais on n’eût trouvé chez vous une telle acception des personnes, mais toujours une charité égale, vraie, divine, jaillissant du fond. Il n’y aurait alors ni mépris, ni blâme, ni sévérité de jugement, ni dureté de coeur. Toute cette corruption fermente dans les citernes.

Celui qui lance son navire dans le redoutable océan de la divinité y navigue avec maîtrise, et finit par jeter ses rames dans la mer sans fond. Plus il attire en lui l’influx divin, plus il s’épanouit. Et Dieu vient combler intérieurement cette capacité, et cette plénitude crée une nouvelle réceptivité, un nouvel épanouissement.

Puissions-nous donc abandonner toutes nos citernes afin que soit versée en nous l’eau vive de la charité.

mercredi 18 février 2015

Saint Théodore le Studite, Tenez vos lampes allumées (carême)

 
Saint Théodore le Studite (759-826)

Moine du Studion [monastère de Constantinopledans l'Église byzantine.

Tenez vos lampes allumées

Il y a un temps pour les semailles et un temps pour la moisson, un temps pour la paix et un temps pour la guerre, un temps pour le travail et un temps pour le loisir. Mais pour le salut de l'âme, tout moment est propice, et toute journée est favorable, si du moins nous le voulons. Ainsi donc, soyons toujours en mouvement vers le bien, faciles à mouvoir, mettant la Parole en actes.

C'est toujours le temps de la prière, le temps de la réconciliation après les fautes, le temps de ravir le Royaume des cieux.
Voici l'époux, dit l'Évangile, sortez à sa rencontre. Et les vierges sages sont allées à sa rencontre avec des lampes brillantes et elles sont entrées pour les noces ; tandis que les vierges folles retardées par l'absence de bonnes oeuvres criaient :

- Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !

Mais il a répondu : - En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. Et il ajoute : - Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l'heure.
Il faut donc veiller et éveiller l'âme à la sobriété, à la sainteté, à la purification, à l'illumination, pour éviter que la mort ne nous ferme la porte. Qu'ils sont heureux

les serviteurs que le Maître, à son retour, trouvera vigilants.

Pour moi qui suis ton serviteur indigne, Dieu, veuille m'éveiller du sommeil de mon indolence. Fait brûler en moi le feu de Ton Amour divin ; que grandisse sans cesse au-dedans de moi mon désir de répondre à ton infinie tendresse. Ah! S'il m'était donné de pouvoir tenir à longueur de nuit ma lampe allumée et ardente dans Ton temple, Seigneur ! Si elle pouvait éclairer tous ceux qui pénètrent dans la maison de mon Dieu ! Seigneur, accorde-moi cet amour qui se garde de tout relâchement, que je sache tenir toujours ma lampe allumée, sans jamais la laisser s'éteindre ; qu'en moi elle soit lumière pour mon prochain.

Ô Christ, daigne allumer toi-même nos lampes, toi notre Sauveur, fais-les brûler sans fin dans ta demeure, et recevoir de Toi, une lumière indéfectible, éternelle. Que ta lumière dissipe nos propres ténèbres, et que par nous elle fasse reculer les ténèbres du monde.

Seigneur Jésus, allume ma lampe à Ta propre lumière. Qu'à Ta lumière je ne cesse de Te voir, de tendre vers Toi tout mon être. Alors, dans mon coeur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence, ma lampe sera toujours allumée et ardente.

Daigne répandre en nous assez de Ton amour pour que nous aimions Dieu comme il convient. Que Ton amour nous possède tout entiers, pour que nous ne sachions plus rien aimer sinon toi, qui est éternel. Qu'en nous se réalise comme tu veux ce progrès de l'amour par ta grâce, Seigneur Jésus Christ, à qui est la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Oraison de saint Colomban Seigneur Jésus, allume ma lampe à ta propre lumière. Qu'à ta lumière je ne cesse de te voir, de tendre vers Toi mon regard et mon désir. Alors, dans mon coeur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence ma lampe sera toujours allumée et ardente.

jeudi 4 décembre 2014

Avent, Homélie ancienne sur la Lettre aux Philippiens, 4, 4 [attribuée à St Ambroise ?]

"La bonté divine, frères très chers, nous invite, pour le salut de nos âmes, aux joies de la béatitude éternelle, comme vous l'avez entendu dans la lecture qui nous occupe, où l'Apôtre disait : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur. Les joies du monde tendent à la tristesse ; mais les joies conformes à la volonté de Dieu attirent aux biens durables et éternels ceux qui y persévèrent. C'est pourquoi l'Apôtre ajoute : Je le répète, réjouissez-vous."
 
[...] Que votre sérénité soit connue de tous les hommes : c’est-à-dire que votre conduite sainte ne doit pas seulement apparaître devant Dieu, mais aussi devant les hommes, pour donner un exemple de sérénité et de réserve devant tous ceux qui demeurent avec vous sur la terre, ou encore pour laisser un bon souvenir devant Dieu et les hommes.
Le Seigneur est proche : ne soyez inquiets de rien : le Seigneur est toujours proche de ceux qui l’invoquent avec sincérité, avec une foi droite, une espérance ferme, une parfaite charité : car il sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez : Il est toujours près à secourir, dans n’importe lequel de leurs besoins, ceux qui le servent fidèlement. Aussi, lorsque nous voyons que le malheur est imminent, nous n’avons pas à nous faire de grand souci, puisque nous devons savoir que Dieu est pour nous un défenseur tout proche, selon cette parole : Le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est angoissé, et il sauvera ceux dont l’esprit est abattu. Les angoisses sont nombreuses pour les justes mais de toutes le Seigneur les délivrera [Ps 34]. Si nous nous efforçons d’accomplir et de garder ce qu’il prescrit, il ne tardera pas à s’acquitter de ses promesses.
 
Mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes : nous ne devons pas, si nous sommes accablés d’épreuves, les supporter avec récriminations et tristesse, loin de là, mais avec patience et bonne humeur, en rendant grâce à Dieu en tout temps et à propos de tout.".
 

mercredi 26 novembre 2014

L'avent, le sens d'une attente, F. Boëdec, sj.

L'Avent : le sens d'une attente


Chaque année à la même époque, quand arrive le temps de l’Avent, j’éprouve toujours avec le même étonnement une joie intérieure. Ce n’est pas l’ambiance de Noël avec ses guirlandes et ses lumières, si nombreuses autour de St Ignace, ni même la perspective des fêtes, qui me touchent. C’est que l’incroyable se répète : Voici Dieu qui vient à nous ! La vie spirituelle me semble d’un coup plus simple : ce n’est plus l’heure de me présenter devant lui à la force des poignets, je n’ai rien à faire qu’à le laisser s’approcher. Si Dieu vient et revient, c’est donc que la nuit ne tiendra plus longtemps devant la lumière, que la terre mûrit déjà en ses entrailles les récoltes insoupçonnées de demain, et que nous n’avons pas tort de croire en nos patients labeurs et aux fidélités du quotidien.

Pourtant, avouons-le, s’il n’y avait la liturgie pour nous le rappeler, le temps de l’Avent comme celui du Carême se déroulerait sans doute souvent sans qu’on y prenne garde. On se retrouve à Noël ou à Pâques sans avoir vu le temps passer, entraînés par le rythme du travail, les soucis de santé, les questions des enfants, les projets et sollicitations multiples…

Dans tout cela, il y a ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Il y a ce qui occupe nos esprits, nos boites mails, nos répondeurs, et ce qui aurait besoin de temps et d’espace pour mûrir et se dire. Il y a ce que nous nous employons à prévoir, programmer et décider, avec la fébrilité et l’impatience quand les choses ne vont pas assez vite, quand les réponses tardent à venir. Et nous avons tous, quel que soit l’âge, d’excellents stratagèmes pour remplir notre espace intérieur de paroles et de bruits, notre esprit de toutes sortes d’urgences et de tâches à remplir.

Ce temps de l’Avent vient dire à nos vies qu’il faut consentir à l’attente, à la distance pour que quelque chose de juste et de vraiment nouveau survienne dans nos existences. En somme, il nous faut des « avents » dans le rythme des jours pour que le plus important puisse émerger. Il ne s’agit pas de se dérober au réel qui nous attend avec ses vraies urgences, et ne supporte pas les fuites même habillées de vernis spirituel. Il s’agit de vivre le réel pour que celui-ci soit le lieu d’une arrivée, d’une venue ; pour que dans la juste distance que l’on met avec toutes choses, nous puissions laisser de l’espace à Celui qui fait « toutes choses nouvelles » (Apocalypse, 21,5).

D’ici Noël, essayons de contempler nos vies différemment. Pour laisser monter ce qui nous habite au plus profond, aspire à se dire et appelle à autre chose. Mais aussi pour nous mettre en attente, paisible et confiante, de cet essentiel qui ne nous appartient pas, qu’on ne maîtrise pas, mais dont on sait pourtant avoir tant besoin. Voici qu’il vient Celui qui peut combler nos attentes.

« Me voici pour faire du nouveau, il bourgeonne déjà. Ne le voyez-vous pas ? » Isaïe 43, 19

P. François Boëdec, sj.

dimanche 10 août 2014

Saint Bonaventure, sermon sur la Dignité Royale de la B Vierge




 

La Bienheureuse Vierge Marie est Mère du Souverain Roi parce qu’elle l’a noblement conçu, comme l’annonce le message que l’Ange lui apporta. « Voici, dit-il, que tu vas concevoir et enfanter un fils. » Et plus loin : « Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin », Luc 1, 31-33. C’est comme s’il disait expressément : Voici que tu vas concevoir et enfanter pour fils le Roi qui siège éternellement sur le trône royal, et de ce fait, tu régneras comme Mère du Roi, et comme Reine tu siégeras sur le trône royal. S’il convient en effet qu’un fils honore sa mère, il convient qu’il lui donne accès au trône royal. Aussi la Vierge Marie, parce qu’elle a conçu celui qui porte « inscrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs », Apocalypse 19, 16, aussitôt qu’elle conçut le Fils de Dieu, fut Reine, non seulement de la terre, mais encore du ciel, ce qui est signifié dans l’Apocalypse par ces paroles : « Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête », Apocalypse 12, 1. Marie est la Reine la plus illustre par sa gloire, ce que signifie bien le Prophète dans le psaume qui concerne spécialement le Christ et la Vierge Marie, où l’on dit d’abord au sujet du Christ : « Ton trône, ô Dieu, dans les siècles des siècles », et un peu plus loin au sujet de la Vierge : « La Reine s’est tenue à ta droite », c’est-à-dire à la place d’honneur, ce qui s’applique à sa gloire spirituelle. Puis : « dans son vêtement d’or », Psaume 44, 7 et 10, qui représente le vêtement de l’immortalité glorieuse, qui fut attribuée à la Vierge dans Son Assomption. Car on ne peut accepter que ce vêtement dont le Christ fut couvert, et qui en outre fut parfaitement sanctifié ici-bas par le Verbe incarné, devienne la pâture des vers. De même qu’il a convenu au Christ de donner à sa Mère la grâce en plénitude dans sa conception, ainsi a-t-il convenu qu’il attribuât la plénitude de la gloire en l’Assomption de cette Mère. Et c’est pourquoi il faut affirmer que la Vierge, glorieuse dans son âme et dans son corps, trône auprès de son Fils.

Marie Reine est encore dispensatrice de la grâce, ce qui fut signifié dans le livre d’Esther, où il est dit : « C’est la petite source qui devient un fleuve et s’est transformée en lumière et en soleil », Esther 10, 6. La Vierge Marie, sous la figure d’Esther, est comparée à la diffusion de la source et de la lumière, à cause de la diffusion de la grâce quant à son double fruit : l’action et la contemplation. Car la grâce de Dieu, qui guérit le genre humain, descend jusqu’à nous à travers elle comme par un aqueduc, parce que la dispensation de la grâce appartient à la Vierge non pas par mode de principe, mais par mode de mérite. Par son mérite, donc, la Vierge Marie est la Reine très éminente, par rapport au peuple, puisqu’elle obtient le pardon, triomphe dans le combat et distribue la grâce, et par suite, conduit jusqu’à la gloire.

Homélie de Saint Bonaventure, évêque (Sermon sur la Dignité Royale de la Bienheureuse Vierge Marie



samedi 28 juin 2014

La prière du Christ, P. Édouard Pousset, s.j.


29 juin S. Pierre et S.Paul

Dans la prière du Christ, il est question de nous, explicitement, en deux circonstances qui nous concernent très directement : le choix des apôtres et la question que Jésus pose à Pierre : Et vous, qui dites-vous que je suis ?  C’est-à-dire la confession de foi.
Il a été question de nous dans la prière du Christ, de chacun, comme dans cette visite de Jésus à Capharnaüm où on lui amenait tant de malades : Et lui, imposant les mains à chacun d’eux, Il les guérissait, Lc 4,40.  Jésus veille sur chacun.

Il a été question de chacun de nous dans la prière du Christ, dans l’entretien du Fils avec le Père. Notre être a été recréé au baptême, puis consacré par un appel, notre vocation a germé dans la sainte Trinité. Saint Luc nous rapporte le choix des douze :  - En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres, Lc 6, 12-13. Dans un autre texte de st Jean, Jésus  dit : - Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis, Jn 15,16. Et il s’en alla dans la montagne pour prier. Et il passa une nuit à prier Dieu.

Aujourd’hui, nous nous sentons tous dans la précarité. La condition humaine a toujours été précaire. Nous sommes précaires. Si l’étoile du matin, comme dit Isaïe, Is 14,12, est tombée du ciel, pourquoi nous-mêmes ne tomberions-nous pas ? Eh bien non. Il n’y a pas de danger, parce que nous sommes dans la prière du Christ.

Demandons aux paroles de l’Évangile de façonner notre foi. Elles le peuvent. Si une parole de l’Écriture nous frappe, elle crée à l’instant même dans notre être ce qu’elle dit à notre intelligence. Pourquoi aurions-nous la moindre inquiétude ? Le Christ a prié pour nous. Puisque nous sommes dans la prière du Christ, nous y restons. Puisque nous sommes dans l’entretien du Fils avec le Père, nous sommes tenus. Et ce n’est pas seulement notre destinée éternelle qui est sûre, c’est aussi le temps présent que nous vivons. Vivre dans la foi, c’est vivre en paix.
Dieu scrute nos cœurs. Dieu ne peut pas nous dispenser d’être hommes et d’être fils de Dieu. Il attend que nous lui disions oui, comme quelque chose qui va de soi, en grande simplicité. Dieu passe son temps à préparer cet instant dans nos vies. Dieu nous attend pour nous consumer dans le feu qu’il est, en un instant, flamme vive pour l’éternité. Il nous aide avec patience et longtemps à porter nos fardeaux, jusqu’au moment choisi où Il nous change en un enfant du Royaume qui dit oui, tout simplement.
De cette confirmation de notre foi et de notre espérance, il a été question dans la prière du Christ. Un jour qu’il priait à l’écart, ses disciples étant avec Lui, Il les interrogea : - Au dire des foules, qui suis-je ? … Et puis Jésus leur demanda : - Mais pour vous, qui suis-je ? Pierre alors répondit : - Le Christ, le Messie de Dieu, Lc 9, 18-20. Voilà, c’est la confirmation d’une vocation.

Dans le commencement d’une vie religieuse se produit une première conversion, la conversion à la générosité, et ce n’est pas rien. La seconde conversion intervient quand on a à répondre à cette question : Qui dites-vous que je suis ? Rappelons-nous la rencontre de Pierre avec Jésus Ressuscité. Après lui avoir demandé par trois fois : - M’aimes-tu ? Jésus lui dit : - Suis-moi. S’étant retourné, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait. Et Pierre dit à Jésus : - Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? Jésus lui répond : - Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. 
C’est dans une très longue prière du Seigneur que se gagne, dans l’entretien avec son Père, la liberté d’un homme. Vient le temps où cette liberté se décide, et elle passe tout simplement du côté de Dieu. Tout l’avenir est engagé. C’est à cela que Dieu travaille. Quand cela arrive, tout est sûr, depuis maintenant et pour toujours. Tout dépend de Dieu, et on s’aperçoit que tout a toujours dépendu de Dieu, depuis notre conception dans le sein de notre mère, et même depuis toujours, il a été question de nous dans l’entretien des trois Personnes divines. Voilà… C’est simple la vie – et c’est beau.

 

samedi 7 juin 2014

Saint Grégoire le Grand (540-604)
                      64ème pape, docteur et Père de l'Église d'occident.
 
 
L’Esprit Saint et la connaissance de Dieu

-          L’ouverture des sens

Par le don de l’Esprit, Dieu répand dans tous les hommes sa connaissance. Nos sens ne sont pas naturellement ouverts aux choses de Dieu. Il faut le vent violent de la Pentecôte, Ac 2,2, pour briser notre surdité et notre insensibilité aux choses de Dieu. Outre la Pentecôte historique dont parle les Actes des Apôtres, il est une pentecôte intérieure et toute personnelle qui se passe sans témoin dans le cœur du croyant. Entendre la voix du Seigneur, c’est percevoir en soi l’inspiration de sa grâce, c’est-à-dire le Souffle de l’Esprit. Alors notre cœur est pénétré d’une force intérieure qui l’incite à l’amour de Dieu. En recevant l’Esprit Saint, les Apôtres ont été introduits dans la pensée de Dieu. Il peut arriver que l’Esprit se fasse pour l’âme petit ruisseau ou torrent.

-          Le don de la Parole

L’Esprit s’est manifesté à la Pentecôte sous le symbole des langues de feu. Celui qui est touché par la langue de feu de l’Esprit confesse le Verbe de Dieu, le Fils unique. Personne ne peut dire que Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint, 1Co 12, 3. Quand Pierre voit le Seigneur transfiguré, il reçoit la consigne de n’en rien dire avant la résurrection, Mt 17, 8. Pour pouvoir parler du Christ avec autorité, l’apôtre doit avoir reçu l’intelligence du mystère que donne l’Esprit Saint. Ce n’est pas une sagesse humaine qui peut pénétrer les mystères de l’Incarnation. Il faut la puissance de l’Esprit.

-          L’écoute de la Parole

Quand un homme parle de Dieu à d’autres, l’Esprit est là en celui qui parle comme en celui qui écoute, à la mesure de la disponibilité intérieure de celui qui parle et de celui qui écoute. Pourquoi les auditeurs comprennent-ils différemment ce qu’exprime une voix unique ? C’est que, par le moyen de ce qui est adressé à tous, le Maître intérieur instruit certains d’une manière toute spéciale. Le bruit de la voix n’enseigne rien si l’esprit de l’auditeur n’est pas oint de l’Esprit Saint. Les prédicateurs sont les coopérateurs de Dieu, et tandis que le prédicateur agit à l’extérieur par son ministère d’exhortation, Dieu agit intérieurement par Son Esprit : Celui qui plante n’est rien… C’est Dieu qui donne la croissance, c’est Dieu, par sa grâce intérieure, qui ouvre invisiblement l’accès du cœur.

Lire l’Écriture ou écouter les prédicateurs ne suffit pas pour changer de vie. Il ne faut pas compter sur ses propres forces, mais tout attendre du don de l’Esprit. Cette attente n’est pas une attitude paresseuse ou purement passive. L’enseignement des hommes est le plus souvent indispensable pour qu’agisse l’Esprit.

-          La connaissance et l’Amour

À la Pentecôte, l’Esprit a rendu les apôtres ardents et éloquents, il les a embrasés et les a faits parler. Ceux qui sont remplis de l’Esprit aiment les réalités célestes dont ils parlent. Même ce que nous ne comprenons pas encore pleinement, nous pouvons déjà l’aimer du fond du cœur, parce que nous avons reçu le gage de l’Esprit. L’amour précède en quelque sorte la connaissance. Quand se répand le feu de l’amour, c’est que le cœur aussi est atteint comme l’intelligence, et alors plus rien n’a vraiment d’importance pour l’homme que Dieu. On ne comprend bien les choses de Dieu que si on va jusqu’à les aimer et tout cela vient de l’Esprit Saint.

-          La connaissance, mesure de l’amour

On ne peut aimer que ce que l’on connaît et, comme ici-bas on connaît les choses de Dieu par la foi, on ne peut aimer que ce qu’on croit. La foi précède la charité. L’esprit ne voit pas parfaitement ce qu’il aime, il ne fait que commencer à le voir. C’est pourquoi la vie présente dans la foi est une vie de désir. Quand on a commencé à connaître Dieu par la foi, on aspire à le voir face à face.

samedi 19 avril 2014

Saint Irénée, Homélie pour la première semaine de Pâques

Saint Irénée (2ème siècle)
Né à Smyrne [Grèce], 2ème évêque de Lyon, théologien et Père de l'Église. Contre les hérésies III,24,1.

Homélie pour la première semaine de Pâques

Après que notre Seigneur fut ressuscité des morts, et que les apôtres eurent été revêtus de la force d'en haut par la venue de l'Esprit-Saint, ils furent remplis de certitude au sujet de tout et ils possédèrent la connaissance parfaite. Et c'est alors qu'ils s'en allèrent jusqu'aux extrémités de la terre, proclamant la bonne nouvelle des biens qui nous viennent de Dieu et annonçant aux hommes la paix céleste. Ils avaient tous ensemble, et chacun pour son compte, l'Évangile de Dieu.
Ainsi Matthieu publia-t-il chez les hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Évangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit, lui aussi par écrit, ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia, lui aussi, l'Évangile, tandis qu'il séjournait à Éphèse, en Asie

Cette foi que nous avons reçue de l'Église, nous la gardons avec soin, car sans cesse, sous l'action de l'Esprit de Dieu, telle un dépôt de grand prix renfermé dans un vase excellent, elle rajeunit et fait rajeunir le vase même qui la contient. C'est à l'Église elle-même, en effet, qu'a été confié le "Don de Dieu", comme l'avait été le souffle à l'ouvrage modelé, afin que tous les membres puissent y avoir part et être par là vivifiés ; c'est en elle qu'a été déposée la communion avec le Christ, c'est-à-dire l'Esprit-Saint, arrhes de l'incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu. Car "dans l'Église, est-il dit, Dieu a placé des apôtres, des prophètes, des docteurs" et tout le reste de l'opération de l'Esprit.
De cet Esprit s'excluent donc tous ceux qui, refusant d'accourir à l'Église, se privent eux-mêmes de la vie par leurs doctrines fausses et parfois leurs actions dépravées.

Là où est l'Église, là est aussi l'Esprit de Dieu. Là où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Église et toute grâce. Et l'Esprit est Vérité.

 

dimanche 13 avril 2014

Hymne à la nuit pascale

Nuit claire plus que le jour
Nuit lumineuse plus que le soleil
Nuit blanche plus que la neige
Nuit brillante plus que l’éclair
Nuit radieuse plus que des flambeaux
Nuit charmante plus que le Paradis.

Nuit délivrée des ténèbres
Nuit saturée de lumière.

Nuit chassant le sommeil
Nuit enseignant la veille avec les anges.


Nuit frayeur des démons
Nuit désir de l’année.
Nuit escorte nuptiale de l’Église
Nuit mère des nouveaux baptisés


Nuit où le diable assoupi est dépouillé
Nuit où l’Héritier a emmené l’héritière à son héritage.


Astérius d'Amasée (4ème siècle)
Ancien rhéteur devenu évêque d'Amasée [Turquie].
Homélies sur le Ps 5, p. 40,436, traduction L. Fritz, A. Failler.

lundi 7 avril 2014

Bienheureux Jean-Paul II, Libérés de la mort


Libérés de la mort

La demande qui monte du cœur de l’homme dans sa suprême confrontation avec la souffrance et la mort, spécialement quand il est tenté de se renfermer dans le désespoir et presque de s’y anéantir, est surtout une demande d’accompagnement, de solidarité et de soutien dans l’épreuve. C’est un appel à l’aide pour continuer d’espérer, lorsque tous les espoirs humains disparaissent.

C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet pour l’homme, et pourtant, c’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. Le germe d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la seule matière, s’insurge contre la mort.
Cette répulsion naturelle devant la mort est éclairée, et ce germe d’espérance en l’immortalité  est accompli par la foi chrétienne… La certitude de l’immortalité future et l’espérance de la résurrection promise projettent une lumière nouvelle sur le mystère de la souffrance et de la mort. Elles mettent au cœur du croyant une force extraordinaire pour s’en remettre au dessein de Dieu.

jeudi 27 mars 2014

Saint Théodore le Studite, Tenez vos lampes allumées

Saint Théodore le Studite (759-826)


Théodore est né dans une noble famille de Constantinople. Noble et pieuse, puisque tout un pan de la famille est entré au couvent, Théodore compris, dans un petit monastère d'Asie Mineure dirigé par un oncle. Théodore est supérieur du monastère quand l'empereur répudie sa femme légitime et épouse religieusement sa maîtresse, une parente de la pieuse famille. Théodore et ses moines réprouvent publiquement ce mariage : premier exil. Théodore a 37 ans. Les choses se tassent avec un changement d'empereur. Entre-temps, des raids arabes ont chassé les moines byzantins d'Asie Mineure. Théodore se retrouve à la tête d'un monastère de Constantinople, le Stoudios. Habité par un ardent désir de retrouver la pureté du monachisme primitif et de redonner à la vie communautaire ses lettres de noblesse, Théodore fait du Stoudios le centre d'une réforme monastique. Dans les Catéchèses qu'il adresse chaque jour à ses frères, il exalte l'obéissance et la fidélité au devoir quotidien. La vie paisible du cloître ne durera pas longtemps. L'empereur Léon V reprend la politique des empereurs du siècle précédent et met hors la loi les images saintes. Théodore devient l'âme de la résistance Il passera le restant de sa vie dans un exil douloureux. Le règlement du Stoudios, tel qu'il l'a établi, servira de règle à un grand nombre de monastères orientaux

Tenez vos lampes allumées
Il y a un temps pour les semailles et un temps pour la moisson, un temps pour la paix et un temps pour la guerre, un temps pour le travail et un temps pour le loisir.  Mais pour le salut de l'âme, tout moment est propice, et toute journée est favorable, si du moins nous le voulons. Ainsi donc, soyons toujours en mouvement vers le bien, faciles à mouvoir, mettant la Parole en actes.
C'est toujours le temps de la prière, le temps de la réconciliation après les fautes, le temps de ravir le Royaume des cieux. Voici l'époux, dit l'Évangile, sortez à sa rencontre. Et les vierges sages sont allées à sa rencontre avec des lampes brillantes et elles sont entrées pour les noces ; tandis que les vierges folles retardées par l'absence de bonnes œuvres criaient :

- Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! 
Mais il a répondu : - En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas.

Et il ajoute : - Veillez donc car vous ne savez ni le jour ni l'heure.

Il faut donc veiller et éveiller l'âme à la sobriété, à la sainteté, à la purification, à l'illumination, pour éviter que la mort ne nous ferme la porte. Qu'ils sont heureux les serviteurs que le Maître, à son retour, trouvera vigilants.
Pour moi qui suis ton serviteur indigne, Dieu, veuille m'éveiller du sommeil de mon indolence. Fait brûler en moi le feu de Ton Amour divin ; que grandisse sans cesse au-dedans de moi mon désir de répondre à ton infinie tendresse. Ah! S'il m'était donné de pouvoir tenir à longueur de nuit ma lampe allumée et ardente dans Ton temple, Seigneur ! Si elle pouvait éclairer tous ceux qui pénètrent dans la maison de mon Dieu !

Seigneur, accorde-moi cet amour qui se garde de tout relâchement, que je sache tenir toujours ma lampe allumée, sans jamais la laisser s'éteindre ; qu'en moi elle soit lumière pour mon prochain.

Ô Christ, daigne allumer toi-même nos lampes, toi notre Sauveur, fais-les brûler sans fin dans ta demeure, et recevoir de Toi, une lumière indéfectible,  éternelle. Que ta lumière dissipe nos propres ténèbres, et que par nous elle fasse reculer les ténèbres du monde.

Seigneur Jésus, allume ma lampe à Ta propre lumière. Qu'à Ta lumière je ne cesse de Te voir, de tendre vers Toi tout mon être. Alors, dans mon cœur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence, ma lampe sera toujours allumée et ardente.

Daigne répandre en nous assez de Ton amour pour que nous aimions Dieu comme il convient. Que Ton amour nous possède tout entiers, pour que nous ne sachions plus rien aimer sinon toi, qui est éternel. Qu'en nous se réalise comme tu veux ce progrès de l'amour par ta grâce, Seigneur Jésus Christ, à qui est la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Oraison de saint Colomban
Seigneur Jésus, allume ma lampe à ta propre lumière. Qu'à ta lumière je ne cesse de te voir, de tendre vers Toi mon regard et mon désir. Alors, dans mon cœur, je ne verrai que Toi seul, et en Ta présence ma lampe sera toujours allumée et ardente.

vendredi 21 mars 2014

J. Besset, La samaritaine, St Jean 4,1-42

La Samaritaine   Jn 4,1-42
 
Par le seul fait d’avoir suscité un bref espoir Jésus a ranimé en elle sa capacité à exprimer des désirs. Le désir s’appuie sur une possibilité de dépassement et cela aide à exister. Il lui montre qu’il y a réellement d’autres valeurs que celles qu’elle a cherchées à atteindre jusqu’à maintenant. Il ne lui conseille pas d’accepter de vivre son sort avec résignation en lui parlant d’un bonheur futur au paradis, mais il l’encourage à vivre maintenant et à se dépasser maintenant. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait puisqu’elle plante là sa cruche et qu’elle va ameuter la ville en plein midi.

Jésus est entré en relation avec elle sans établir de distance entre elle et lui. Il n’a fait état ni de sa supériorité masculine à lui, ni de sa déchéance féminine à elle. Même s’il lui a bien montré qu’il connaît tout de son passé peu glorieux, cela n’a établi aucune distance entre eux. Cette simple attitude suffit à éveiller en elle de l’espoir parce qu’il l’a considérée comme une femme normale. Elle se met alors à rassembler du monde, hors de la ville et hors de la sieste pour leur dire que la seule valeur qui compte dans la vie c’est celle que l’on reçoit de Dieu.

La vie spirituelle que propose Dieu n’est pas forcément liée à l’austérité religieuse dans laquelle, rites et prières prendraient force d’habitude en dominant les frustrations. La vie spirituelle consiste à introduire Dieu dans le quotidien de la vie, à lui offrir nos espoirs et nos peines, à lui faire partager nos frustrations pour qu’il nous aide à les dépasser, car Dieu ne se rencontre que dans le dépassement de soi.

Si la femme a oublié sa cruche c’est qu’elle a déjà dépassé l’intérêt pour la vie matérielle où elle était, si elle va chercher les villageois c’est qu’elle a dépassé les conventions sociales qui l’ont enfermée dans sa situation. Elle est désormais prête à se battre pour la vie.

« Venez-voir l’homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! » Mais qu’a-t-elle fait la pauvrette ? Elle n’a rien fait. Elle a bien essayé de faire, mais à chaque tentative elle n’a rencontré que des échecs. Elle a compris qu’elle ne pouvait pas rester enfermée dans ses échecs. Alors que rien n’avait encore changée dans sa vie, elle a compris que tout désormais pouvait changer, et elle le fait partager aux autres, car elle se met à considérer les choses autrement. Dieu s’est révélé à elle comme le Dieu de l’ouverture et non de l’enfermement. Qu’est-ce qui a alors changé en elle ? rien et pourtant tout a changé. N’est-ce pas cela l’action du Christ en nous ? N’est-ce pas déjà cela le Royaume ?
http://jbesset.blogspot.fr/2011/03/la-samaritaine-jean-45-42-comme-dans.html


 

mardi 11 mars 2014

Saint Grégoire de Nysse, la source jaillit et se révèle

                  Matthieu 17,1-13


Saint Grégoire de Nysse (335-395) affirme que la vie spirituelle est croissance, dynamisme et mouvement. Parce qu'aucune limite n'est assignable à Dieu, la quête de Dieu est chemin infini, dont le parcours ne suscite ni fatigue, ni lassitude. II décrit l'âme relancée d'instant en instant en avant par l'Epoux qui l'interpelle: "Lève-toi, viens",invitée sans cesse à passer outre. Car la perfection ne connaît pas de terme, elle est progrès continuel, transformation de "gloire en gloire", comme dit St Paul 2 Co 3,18. II s'agit donc, selon la formule de Grégoire,"d’aller de commencement en commencement par des commencements qui n'ont jamais de fin » :

«Supposons que quelqu’un s’approche de cette source qui, au dire de l’Ecriture, montait de la terre aux origines et dont l’abondance était telle qu’elle se répandait sur toute la surface de la terre. Celui qui s’approchera d’une telle source admirera cette eau infinie qui ne cesse de jaillir et de se répandre. Mais il ne saurait dire qu’il a vu toute l’eau : comment pourrait-il voir ce qui est encore caché dans le sein de la terre ? Aussi longtemps, par la suite, qu’il reste près de la source, il en sera toujours aux commencements de sa contemplation de l’eau. Car l’eau ne cesse de se répandre et de toujours recommencer à jaillir.
Ainsi en est-il de qui regarde vers la beauté divine et sans limite: ce qu’il découvre sans cesse se manifeste à lui comme étant absolument nouveau et étonnant par rapport à ce qui est déjà saisi ; aussi admire-t-il ce qui à chaque instant se révèle à lui et ne cesse-t-il jamais de désirer davantage, car ce qu’il attend est encore plus magnifique et plus divin que ce qu’il a vu. C’est pourquoi, ici également, l’Épouse, tout en ne cessant d’être dans l’admiration et l’étonnement de ce qu’elle découvre, jamais n’arrête à ce qu’elle a ainsi découvert le désir qu’elle a de Celui qu’elle contemple. À cause de tout cela, même maintenant, elle perçoit le Verbe comme frappant encore à la porte et, dans son obéissance, elle se lève et dit : “La voix de mon Bien-Aimé frappe à la porte”, Cant. 5, 2a» .
Onzième homélie sur le Cantique, trad. Adelin Rousseau).

vendredi 7 mars 2014

Saint Augustin, charte de la paix, la cité de Dieu


Charte de la Paix


La Cité de Dieu 19, 12






De même que tous désirent la joie, il n’est personne qui n’aime la paix. Puisque même ceux-là qui veulent la guerre ne veulent rien d’autre assurément que la victoire, c’est donc à une paix glorieuse qu’ils aspirent à parvenir en faisant la guerre. Qu’est-ce que vaincre, en effet, sinon abattre toute résistance ? C’est donc en vue de la paix que se font les guerres, et cela même par ceux qui s’appliquent à l’exercice des vertus guerrières dans le commandement et le combat.

Tout homme cherche la paix même en faisant la guerre,

et nul ne cherche la guerre en faisant la paix.

La Paix du corps, c’est l’agencement harmonieux de ses parties.
La Paix de l’âme sans raison, c’est le repos bien réglé de ses appétits.
La
Paix de l’âme raisonnable, c’est l’accord bien ordonné de la pensée et de l’action.
La
Paix de l’âme et du corps, c’est la vie et la santé bien ordonnées de l’être animé.
La
Paix de l’homme mortel avec Dieu, c’est l’obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle.
La
Paix des hommes, c’est leur concorde bien ordonnée.
La
Paix de la maison, c’est la concorde bien ordonnée de ses habitants
dans le commandement et l’obéissance.
La
Paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens
dans le commandement et l’obéissance.
La
Paix de la cité céleste, c’est la communauté parfaitement ordonnée
et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu
et dans la jouissance mutuelle en Dieu.
La
Paix de toutes choses, c’est la tranquillité de l’ordre.
L’ordre, c’est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient.